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L’avenir du Liban face aux mutations internationales et régionales

الكاتبabdulrahman-mustafaتاريخ النشر

Avec l’intensification des négociations américano-iraniennes et la concurrence accrue autour de l’énergie et des routes maritimes, le Liban se retrouve au centre de l’attention internationale en raison de son importance géopolitique et géoénergétique. Les perspectives concernant son avenir oscillent entre la possibilité de parvenir à un règlement permettant le rétablissement de l’Etat dans le cadre de nouveaux équilibres et la poursuite d’un scénario de « non-résolution durable », qui apparaît comme l’hypothèse la plus réaliste à court terme. Les puissances internationales et régionales semblent davantage intéressées par la gestion du conflit et la maîtrise des tensions que par la recherche de solutions radicales, instaurant ainsi un état de « stabilité précaire » fondé sur le contrôle des escalades sans traitement de leurs causes profondes.

La région connaît une évolution dans la gestion des conflits, où les instruments de dissuasion, de négociation et de contrôle sécuritaire prennent le pas sur les guerres directes. Les Etats-Unis cherchent à protéger la sécurité énergétique et les voies maritimes au moindre coût possible tandis que l’Iran considère son influence au Liban comme un élément de l’équation de dissuasion régionale liée à son dossier nucléaire et à sa position de négociation. Israël, quant à lui, oeuvre à consolider sa supériorité stratégique et à empêcher l’émergence d’équilibres susceptibles de limiter sa marge de manoeuvre. En revanche, la résistance cherche à empêcher l’imposition d’une « stabilité sécuritaire » conforme aux conditions israéliennes, en maintenant l’équilibre de la dissuasion et en augmentant le coût de toute tentative visant à imposer de nouvelles réalités. En outre, le conflit autour du gaz et de l’énergie en Méditerranée orientale a fait du front sud une composante intégrante d’un processus de négociation indirect sur la future architecture du système régional.

Dans ce contexte, le scénario d’une « impasse durable » se dessine sous la forme de tensions contenues, tandis que les pressions politiques, économiques et militaires demeurent limitées. Il en résulte une ponction prolongée sur les ressources et un report des réformes structurelles, transformant la gestion de crise en substitut permanent à sa résolution.

Malgré l’importance des facteurs externes, la crise libanaise demeure, au fond, une crise de l’Etat, marquée par l’effondrement économique, la désintégration institutionnelle et les divisions politiques. Ainsi, l’avenir du Liban ne dépend pas uniquement des résultats des négociations américano-iraniennes ou du conflit avec Israël, mais également de la capacité des Libanais à reconstruire l’Etat. Dans ce contexte, plusieurs signes indiquent que la gestion de la crise libano-israélienne passe en partie par des canaux de négociation directe sous parrainage américain, portant sur des questions de sécurité et de souveraineté plus complexes que la simple cessation des violences à la frontière. Cela reflète une volonté américaine d’établir des arrangements sécuritaires de long terme dans le sud du Liban, dans le cadre d’une vision plus large de la sécurité en Méditerranée orientale. Cette approche soulève des questions internes liées à la légitimité constitutionnelle et à l’élaboration d’une décision nationale unifiée, compte tenu des divergences entre ceux qui considèrent la négociation comme indispensable à la préservation de la stabilité et ceux qui y voient un moyen d’imposer des arrangements portant atteinte à la souveraineté et à l’équilibre de la dissuasion.

En résumé, le Liban se trouve au carrefour d’un projet international visant à contenir le conflit et à prévenir une conflagration régionale, et des efforts israéliens destinés à rétablir l’équilibre des pouvoirs par la force. Par conséquent, la prochaine phase devrait davantage consister en une reconfiguration du conflit qu’en sa résolution. Le principal danger réside dans la transformation de cette « indécision » en un état permanent si le Liban ne parvient pas à passer du statut de théâtre de conflit à celui d’Etat pleinement souverain. Bien qu’une impasse ne soit pas inévitable, elle demeure une possibilité réaliste si les opérations militaires cessent sans que les causes profondes du conflit soient traitées. Cependant, plusieurs facteurs pourraient empêcher sa consolidation, notamment la divergence des priorités des différentes parties, l’évolution de la situation en Iran et dans le détroit d’Ormuz, ainsi que les efforts internationaux et régionaux visant à placer les arsenaux sous le contrôle de l’Etat libanais. Dès lors, il apparaît nécessaire de développer une vision libanaise unifiée, fondée sur la complémentarité des rôles nationaux et sur la nécessité d’empêcher que des trêves temporaires ne se pérennisent ou ne se substituent à des solutions durables.

Le Liban se trouve ainsi à un tournant critique, au coeur d’une conjoncture internationale et régionale en pleine mutation, pris entre le conflit irano-américain d’une part et le conflit israélo-libanais d’autre part, sans oublier l’enchevêtrement des problématiques régionales qui le rend vulnérable aux conséquences de toute escalade ou désescalade. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’effort international visant à promouvoir une voie négociée pour contenir l’escalade sur le front libano-israélien, dans le cadre d’un dispositif sécuritaire plus large lié à l’équilibre des rapports de force entre Washington et Téhéran. Toutefois, cette voie demeure fragile, car elle se heurte aux calculs complexes de chacune des parties prenantes.

Sur le plan intérieur, le Liban est confronté à de profonds défis liés aux divisions politiques, à la question des armes du Hezbollah et au rôle de l’Etat, auxquels s’ajoute une crise économique paralysante. La capacité de l’Etat à mener des négociations ou à répondre aux pressions internationales dépend de son aptitude à unifier sa position intérieure et à stabiliser ses institutions. Dans ce contexte, l’avenir du Liban demeure indissociable de l’évolution de trois enjeux interdépendants : les tensions irano-américaines, la confrontation ou l’entente israélo-libanaise et les négociations internationales visant à établir de nouvelles règles d’engagement. Toute évolution sur l’un de ces axes aura des répercussions directes, positives ou négatives, sur la situation intérieure libanaise.

En définitive, le Liban se trouve à un tournant décisif, où facteurs externes et divisions internes s’entremêlent. La stabilité dépendra de la capacité des acteurs nationaux à saisir l’opportunité offerte par la désescalade régionale et à la transformer en un processus de réformes et de consolidation de la souveraineté plutôt que de retomber dans un cycle d’escalade.

*Professeure de relations internationales à l’Université de Beyrouth