Malaise en Israël. Benyamin Netanyahu, le premier ministre de l’Etat hébreu et grand ami du président américain, Donald Trump, se sera finalement trouvé devant le fait accompli. Alors que Washington et Tel-Aviv ont lancé, ensemble, la guerre contre l’Iran, les Américains sont allés discuter seuls avec les Iraniens. Et, seuls, ils signeront avec eux un accord de paix ce vendredi 19 juin à Genève, si tout se passe comme prévu. Pris de court, les Israéliens ? Sans doute pas. Les négociations irano-américaines durent depuis déjà un certain temps, et Trump a plus d’une fois annoncé l’imminence de l’accord. Il n’en demeure pas moins qu’en Israël, ça gronde. « L’armée israélienne restera dans les zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza pour une période illimitée », a lancé le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, quelques heures après l’annonce du protocole d’accord, ajoutant qu’Israël riposterait « avec toute sa force » si l’Iran l’attaquait en réponse à ses opérations militaires au Liban. « Nous devrons poursuivre nous-mêmes la campagne visant à faire tomber le régime, en utilisant des moyens créatifs, et veiller à ce que l’Iran n’acquière jamais l’arme nucléaire », a dit, de son côté, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qualifiant l’accord avec l’Iran de « mauvais pour Israël ». « L’accord de Trump ne nous engage pas », a renchéri Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême-droite israélienne et ministre chargé de la Sécurité nationale.
Netanyahu en mauvaise posture
Même mécontentement du côté de l’opposition : Yaïr Lapid, chef de l’opposition centriste, a déploré qu’Israël ait été traité « en protectorat recevant des instructions concernant sa sécurité nationale » de la part des Etats-Unis. Mais il a surtout mis l’accent sur les erreurs de Netanyahu. « On peut corriger, on doit corriger. Netanyahu ne peut plus le faire. Nous le ferons ». Un autre opposant, Naftali Bennett, a pointé « la mollesse du gouvernement ». Encore plus virulent, l’ancien général Yair Golan, aujourd’hui dans l’opposition et qui dirige le parti The Democrats, issu d’une alliance entre des formations de gauche israéliennes, a qualifié Netanyahu de « père du plus grand échec stratégique de l’histoire d’Israël ».
Ainsi, derrière le mécontentement unanime, les interprétations sont bien différentes. L’opposition concentre sa colère contre Netanyahu. La population elle aussi. Selon une étude de l’Israel Democracy Institute publiée le 9 juin 2026, 61 % des Israéliens estiment que Netanyahu ne devrait pas se présenter aux prochaines élections. Un mois auparavant, ils étaient, selon un autre sondage, 55 % à souhaiter qu’il se retire de la vie politique plutôt que de briguer un nouveau mandat. Et d’après The Times of Israël, les enquêtes électorales montrent régulièrement que les partis d’opposition seraient en mesure d’obtenir une majorité parlementaire si les élections avaient lieu aujourd’hui. Une grande partie de l’électorat ressent, en effet, une profonde déception. Car pendant longtemps, Netanyahu a bâti son image politique autour d’une promesse centrale : la dissuasion militaire absolue garantirait la sécurité à long terme d’Israël. Une conviction désormais ébranlée. Dans ce contexte, l’opposition veut tirer son épingle du jeu. Elle se sent revitalisée par l’insatisfaction populaire, et la nouvelle alliance politique Beyachad, dirigée par Naftali Bennett et Yair Lapid, cherche activement à tirer parti de cette colère. Mais Netanyahu ne compte pas baisser les bras. En pleine tourmente, il a annoncé sa candidature aux élections législatives en fin d’année. « Je vais me présenter aux élections et j’ai l’intention de gagner ».
Dans le même temps, Netanyahu, qui a mis 24h pour réagir, a tenté de se montrer rassurant, tant vis-à-vis de ses proches que de ses détracteurs. Son message : la guerre contre l’Iran n’est pas un échec. « Nous avons sauvé l’Etat d’Israël de la menace d’une destruction nucléaire ». Il a aussi tenté de minimiser l’ampleur des différends avec Washington : « Si nous n’avions pas agi au moment où nous l’avons fait, dans le cadre d’un partenariat historique avec le président Trump et l’armée américaine, si nous n’avions pas agi de cette façon, l’Iran aurait déjà obtenu des bombes atomiques ».
Une alliance sous tension ?
En réalité, pour contrer sa fragilité politique, Netanyahu n’a qu’un choix : durcir sa position en élargissant ses opérations militaires contre le Liban. Mais il prend un autre risque : celui de creuser davantage le fossé avec Washington. Car malgré l’alliance éternelle et inébranlable entre les Etats-Unis et Israël, chacun a ses propres calculs et ses propres intérêts à préserver. Et chacun veut sauver la face. Sans remettre en cause l’alliance elle-même, l’accord en préparation avec l’Iran révèle ainsi une évolution du rapport entre les deux partenaires, où Washington semble plus enclin qu’auparavant à faire prévaloir ses propres intérêts stratégiques.
Netanyahu ne peut ni arrêter la dynamique diplomatique, ni accepter l’accord sans risquer sa ruine politique intérieure. Trump, lui, considère les opérations israéliennes comme une menace à son objectif principal, obtenir un accord qui lui permet de sortir honorablement du conflit et conserver une apparence de victoire. D’où la colère du président américain vis-à-vis du premier ministre israélien. En effet, selon le New York Times, le président Trump aurait critiqué Netanyahu pour avoir mené des attaques contre le Liban qui « ont failli faire dérailler l’accord final ». Trump aurait déclaré : Netanyahu est « quelqu’un de très difficile » et « il devrait nous être très reconnaissant pour ce que nous avons fait. Parce que si l’Iran possédait une arme nucléaire, Israël ne tiendrait pas deux heures ». Il aurait aussi lancé : « Netanyahu n’a aucun putain de jugement ! ».
Faut-il y voir un tournant dans les relations entre Washington et Tel-Aviv ? Il est sans doute trop tôt pour l’affirmer. Les liens militaires, sécuritaires et diplomatiques entre les deux pays demeurent profonds et structurants. Mais cet épisode met en lumière une réalité que les dirigeants israéliens préfèrent rarement rappeler : même entre alliés indéfectibles, les priorités ne sont pas toujours les mêmes.